Tout le monde a entendu parler de Bollywood et du cinéma hindi mais peu de gens ont entendu parler de Lollywood, le cinéma du Pakistan. Lollywood c’est la contraction de Lahore et de Hollywood car c’est à Lahore que sont produits la majorité des films pakistanais. Lahore produit 10 fois moins de films que Mumbay mais il est dommage que son cinéma ne soit pas connu alors que le hindi et l’ourdou sont quasiment identiques à l’oral.
Lahore est le grand centre de production de films au Pakistan, on y produit des films en ourdou et en penjabi. A Karachi, Karywood, on produit aussi quelques films en ourdou mais aussi en sindhi et à Peshawar, Pollywood, on produit des films en pashto mais c’est Lahore, Lollywood, qui domine.
Le Pakistan produit peu de films par an (une vingtaine seulement) et pas toujours de très bonne qualité mais il existe aussi de très bons films du niveau des films indiens. Il convient donc de découvrir ce cinéma.
Avant la Partition, Lahore était déjà un grand centre de production cinématographique mais moins important que Bombay. Lors de la Partition, quelques artistes du cinéma de Bombay sont partis travailler au Pakistan mais beaucoup d’artistes originaires du Pakistan sont restés en Inde comme Dilip Kumar, Raj Kapoor, Yash Chopra, Nargis, Madhubala, Dev Anand, Sunil Dutt, Manoj Kumar et beaucoup d’autres (les parents de Shah Rukh Khan étaient d’ailleurs tous deux originaires du Pakistan).
C’est ainsi que naît le cinéma pakistanais et le premier film pakistanais sort en 1948.
Le cinéma pakistanais va connaître un bon développement surtout après 1965. En effet, en 1965 (année de la deuxième guerre du Cachemire), l’importation de films indiens est interdite, l’industrie nationale pakistanaise va pouvoir se développer à l’abri de la concurrence.
Les années 70 constituent l’âge d’or du cinéma pakistanais avec des films comme Aina. Durant cette décennie, le Pakistan produit près de 100 films par an dont la moitié en ourdou. Les films de cette décennie étaient très romantiques et jouissaient de belles chansons avec des paroles dans un ourdou très poétique, qui ont d’ailleurs été abondamment plagiées dans les films hindi des années 70, 80 et 90.
Les années 80 voient par contre le cinéma pakistanais amorcer son déclin. Ce déclin est dû à l’arrivée des paraboles et de la vidéo qui ramènent la concurrence des films hindi. Les salles de cinéma commencent à péricliter car plus besoin d’y aller puisque tout est disponible à la maison. L’industrie cinématographique réagit mal et ne cherche pas à résister. Voyant les salles se vider, les producteurs renoncent à faire de bons films et se contentent de produire un cinéma de mauvaise qualité, violent et vulgaire, pour un public masculin. Cela ne favorise pas le retour des familles dans les salles. De plus, le penjabi est favorisé au détriment de l’ourdou.
L’Etat ne fait rien pour aider le cinéma, au contraire il le fragilise par de lourdes taxes, des censures et des réglementations absurdes.
De près de 100 films par an dans les années 70, on atteint une cinquantaine dans les années 80, une trentaine dans les années 90 et une vingtaine dans les années 2000 avec de plus peu de films de qualité. C’est un véritable effondrement !
Il ne faut pourtant pas être trop pessimiste. Le Pakistan a su produire de bons films durant ces dernières années et dispose d’artistes de grands talents. Des films comme Mujhe chand chahiye, Yeh dil aap ka huwa, Salakhain ou Koi tujh sa kahaan ont montré que le Pakistan pouvait produire de très bons films en ourdou. Néanmoins, ces films restent encore peu nombreux.
La solution semble venir de l’extérieur. En effet, avec l’amélioration des relations entre l’Inde et le Pakistan depuis 2003, de fructueuses collaborations sont possibles et des coproductions ont pu voir le jour. Le cinéma pakistanais peut ainsi profiter du savoir-faire indien en matière de cinéma et des réalisateurs pakistanais n’hésitent pas à aller tourner leurs films en Inde pour bénéficier de la technique locale. De nombreux artistes pakistanais ont d’ailleurs fait de brillantes carrières en Inde comme Javed Sheikh ou Adnan Sami.
En 2007, l’interdiction de diffuser des films indiens au Pakistan a été levée et en échange des films pakistanais devront être diffusés en Inde. Cela apporte au cinéma pakistanais une concurrence stimulante et une ouverture sur l’extérieur.
Cela favorise la créativité et des films d’auteur de qualité ont vu le jour comme Khuda kay liye ou Ramchand Pakistani. Avec l’aide de techniciens indiens, des comédies romantiques familiales de qualité ont été réalisées comme Kabhi pyar na karna ou Khulay asmaan kay neechay.
On peut donc parler, comme le souhaite le gouvernement pakistanais, d’une renaissance du cinéma au Pakistan.
Marouane Ouled Amor
www.association-indian-passion.fr
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